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Le Sahara est l'un des grands livres de l'histoire de notre planète,
la Terre. Inlassablement, l'alizé du nord-est, appelé ici harmattan,
tourne les pages de ce livre. C'est un vent qui peut être violent
et qui est d'autant plus érosif qu'il s'arme de grains de sable.
Aussi, tourne-t-il les pages à sa manière à lui. Une page tournée
est une page effacée !

- Le Borkou et l'Ennedi forment l'une des régions du monde où le
vent est le plus permanent à défaut d'être le plus violent. Localement
son orientation marque une grande constance alors que dans son
ensemble il contourne le puissant cône volcanique de l'Emi Koussi.
Il a façonné d'impressionnants couloirs éoliens dans les plateaux
de grès et, plus facilement, dans les diatomites. Ces couloirs
prennent sur de vastes dimensions (soit à petite échelle pour
les scientifques), une orientation très nettement circulaire sur
la moitié sud du cône volcanique. Ils caractérisent toute la région
du Bembéché qui est comprise entre l'oasis de Faya et la structure
d'impact d'Aorounga (photo d'après Google Earth).
Si certaines pages, telles celles de sites fossilifères, sont
ouvertes et refermées pour toujours rapidement, celles d'impacts
géants de météorites s'inscrivent nettement et longuement dans
le paysage et sont parfaitement visibles depuis les satellites
d'observation de la Terre. C'est le cas au Tchad des impacts d'Aorounga
et de Gweni-Fada.
A l'initiative du Centre National d'Appui à la Recherche (CNAR,
Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche de la
République du Tchad), trois missions franco-tchadiennes ont été
menées sur ces impacts autour du Professeur Pierre Vincent, volcanologue,
professeur émérite de l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand.
Géologue, Pierre Vincent avait mené dans les années 1950 et 1960
des missions annuelles de prospection minière dans le Tibesti
et dans l'Ennedi et avait dressé les toutes premières cartes géologiques
de ces régions. Il en avait aussi rédigé une thèse consacré au
volcanisme tertiaire et quaternaire du Tibesti.
Ces trois missions ont eu lieu en 1993, 1994 et 1995.:
- avril 1993. Pierre Vincent et Mathieu M'Baïtoudji, ingénieur
géologue au projet Minier (PNUD) de la Direction des Recherches
Géologiques et Minières de la République du Tchad, au retour d'une
longue mission dans le Tibesti, effectuent une première reconnaissance
de la structure circulaire d'Aorounga afin de préparer une mission
plus importante ;
- avril 1994. Pierre Vincent, Alain Beauvilain (CNAR) et Ali Moutaye
Hamit, ingénieur géologue au projet Minier (PNUD) de la Direction
des Recherches Géologiques et Minières de la République du Tchad,
échantillonnent l'impact d'Aorounga. Ils sont accompagnés de Najia
Zekri, d'Yves Delacroix (inspecteur de l'Education Nationale pour
le Borkou-Ennedi-Tibesti) et de son épouse Ermana, de Sergio et
Adriana Scarpa Falce, tour operateur de leur société Spazzi di
Aventura, société qui fournit la logisqtique de cette mission
;
- avril 1995. Pierre Vincent, Alain Beauvilain et Najia Zekri
échantillonnent l'impact de Gweni-Fada. Le séjour sur place est
réduit à trois jours, des problèmes d'accessibilité par la route
d'une trentaine de kilomètres donnant accès presque direct de
Fada à l'impact les obligeant à séjourner plusieurs jours à Fada
pour finalement devoir faire le tour du massif de l'Ennedi, atteindre
le Mourdi et remonter l'enneri Dogouro pour atteindre l'impact
supposé. La gestion du carburant et de l'eau, celle de la durée
totale de la mission ont été très contraignantes.
Le CNAR et le projet Minier a appuyé ces trois missions, l'Armée
française les deux premières, la Présidence de la République du
Tchad la deuxième, des sociétés tchadiennes la troisième. Cette
action d'ensemble a permis de réelles avancées de la connaissance.
LES CRATERES D'IMPACT METEORITIQUES DU B.E.T.
Les impacts de météorites sont les chocs les plus violents que
la Terre ait pu subir. Lorsque que les météorites sont de grandes
dimensions, l'énergie dégagée par le choc d'impact est telle que
la surface de la Terre se comporte comme celle d'un océan. Cette
énergie correspond en effet au produit de la masse de la météorite
exprimée en kilogrammes par le carré de la vitesse en mètres par
seconde. Comme pour un caillou lancé dans l'eau, l'impact crée
au premier instant une dépression puis des ondes de choc se propagent
en rides circulaires à partir du point d'impact. L'instant suivant,
la dépression est comblée par la remontée des terrains et la région
est relevée par rapport à la situation antérieure. Les formes
de relief qui en résultent sont remarquables.
Il ne reste rien des météorites si ce ne sont des bulles dans
les roches encaissantes, elles-mêmes fondues et transformées.
L'ensemble de la matière extraterrestre et terrestre dégagée,
celle-ci correspondant à entre dix et cent fois la masse de la
météorite, est envoyé dans l'atmosphère en grande partie sous
forme de poussières microscopiques et provoque un important voile
qui peut couvrir l'ensemble du globe.
Ce sont deux tels impacts de grandes dimensions qui ont été reconnus
dans le Sahara tchadien, précisément dans l'Ennedi (notion ici
administrative car géographiquement et géologiquement Aorounga
est dans le Borkou). Par comparaison avec des cratères de même
taille d'autres régions et suivant la vitesse initiale et la densité
des météorites, on peut estimer le diamètre de ces météorites
entre 500 et 1.000 mètres. Dans ce dernier cas, leur masse correspondrait
à plus de quatre milliards de tonnes pour un alliage fer-nickel.
Aussi, chacun des impacts tchadiens correspond, comme ordre de
grandeur, au dégagement d'une énergie d'environ 1020 Joules, soit l'équivalent de 45.000 mégatonnes de TNT ou de 3
millions de bombes de type Hiroshima, ou vingt à trente mille
fois celle du tremblement de terre qui, en 1995, détruisit la
région de Kobé au Japon. La vie a pu être anéantie sur une grande
partie du continent sans compter les conséquences planétaires
sur les chaînes alimentaires d'une nuit terrestre possible de
six mois.
Des observations font penser à l'existence d'autres impacts qui
n'ont pas été contrôlés sur le terrain. Enfin, les surfaces sableuses
peuvent masquer d'autres structures d'impact.
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